Introduction
Certains chrétiens, pourtant pleins de douceur, traitent de « pharisiens » ou de « pharisiens hypocrites » les frères qu'ils trouvent trop attachés aux commandements… Je ne m'attarderai pas sur le caractère blessant de cette accusation. Je voudrais plutôt montrer qui étaient vraiment les pharisiens, car on les connaît mal. Aujourd'hui, aucun chrétien ne voudrait être comparé à un pharisien ou à un publicain. Surtout pas !
C'est vrai, Jésus les a sévèrement repris en Matthieu 23 (et en Luc 11). Huit fois, dans Matthieu, Il leur dit :
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! »
Il leur reprochait de soigner les apparences, de rechercher l'argent et les honneurs, de s'attacher à la lettre plutôt qu'à l'esprit de la loi, de faire passer leurs traditions avant tout, et bien d'autres choses encore.

Et Jésus-Christ regrettait que leur conduite entraîne aussi le peuple vers sa perte.
Un seul mérite
Mais que cela plaise ou non à ceux qui rejettent la loi, il y a une chose que Jésus-Christ n'a jamais reprochée aux pharisiens : c'est d'observer la loi !
Bien au contraire ! À plusieurs reprises, Il leur reproche même de négliger et de laisser de côté les commandements de Dieu pour suivre leur tradition :
Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition? Car Dieu a dit: Honore ton père et ta mère; et: Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. [...] Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition. [...] C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes.
Jésus ne cherche pas à annuler les commandements de Dieu. Ce qu'Il reproche aux pharisiens, c'est justement de les abandonner au profit de commandements d'hommes !
Jésus leur répondit: Hypocrites, Ésaïe a bien prophétisé sur vous, ainsi qu'il est écrit: Ce peuple m'honore des lèvres, Mais son coeur est éloigné de moi. C'est en vain qu'ils m'honorent, En donnant des préceptes qui sont des commandements d'hommes. Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous observez la tradition des hommes. Il leur dit encore: Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. [...] annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition, que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d'autres choses semblables.
En Matthieu 5, Jésus ne condamne pas l'attachement — d'ailleurs imparfait — des pharisiens à la loi. Il approuve au contraire l'observation des commandements. Ce qu'Il critique, c'est leur conception faussée de la justice !
Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.
Jésus nous demande d'avoir une justice plus grande que celle des pharisiens ! Il ne dit pas qu'il faut arrêter d'observer les commandements pour entrer dans le royaume, sinon Il se contredirait, puisqu'Il vient d'avertir quiconque supprimerait même le plus petit d'entre eux !
Souvenez-vous de ce que ce même Jésus a déclaré :
Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.
Ce que Jésus reproche aux pharisiens, ce n'est pas d'observer la loi, mais de mener une vie qui ne lui correspond pas :
Alors Jésus, parlant à la foule et à ses disciples, dit: Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas.
Quand Jésus reprend publiquement les pharisiens, dit-Il au peuple de chercher d'autres enseignants ?
Non. Il reconnaît au contraire que l'enseignement des pharisiens, assis dans la chaire de Moïse, est légitime.
Il va même plus loin et ordonne au peuple de faire et d'observer tout ce qu'ils enseignent !
Résumons : Jésus reconnaît que les pharisiens enseignent la loi de Moïse au peuple, et Il dit à ce peuple : « Faites ce qu'ils vous disent… »
N'est-ce pas là demander au peuple d'observer la loi ?
Regardons de plus près quelques-uns des reproches de Jésus-Christ :
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Conducteurs aveugles! qui coulez le moucheron, et qui avalez le chameau.
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et qu'au dedans ils sont pleins de rapine et d'intempérance. Pharisien aveugle! nettoie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur aussi devienne net.
Jésus reproche-t-Il aux pharisiens de donner la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin ? Non : Il dit qu'il fallait le faire, mais sans laisser de côté la justice et la miséricorde !
De même, Il ne leur reproche pas de laver l'extérieur de la coupe, mais de laver seulement l'extérieur, sans nettoyer aussi l'intérieur !
Voyez-vous la différence ?
« Imaginez un professeur qui dit à un élève : « Tu as fait de vrais progrès en français, mais aucun effort en mathématiques. C'est inacceptable… » Faut-il en conclure que l'élève doit arrêter de travailler le français et les mathématiques ? Évidemment pas ! »
Les paroles de Jésus sont-elles plus claires maintenant ?
Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.
Dans tous les évangiles, Jésus reste cohérent et ne change jamais de ligne. Ce qui change, c'est le sens que certains « chrétiens » d'aujourd'hui donnent à Ses paroles pour pouvoir faire leur propre volonté !
Voyez jusqu'où certains vont pour imposer leurs idées : ils vident les paroles du Maître de leur sens, alors même que la suite immédiate du texte confirme entièrement ce qu'Il vient de dire…
Il lui répondit: Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est le bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements.
Lesquels? lui dit-il.
Et Jésus répondit: Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; honore ton père et ta mère; et: tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Le jeune homme lui dit: J'ai observé toutes ces choses; que me manque-t-il encore?
Jésus lui dit: Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi.
« Lorsque le jeune homme lui dit qu'il a toujours observé tous les commandements et lui demande ce qui lui manque encore, Jésus lui répond-Il d'arrêter de les observer ? »
Pour bien comprendre la différence entre les commandements et la loi, lisez aussi l'enseignement « La loi, quelle loi ? », qui explique ce qu'est vraiment la loi.
Plusieurs catégories de pharisiens
Les pharisiens n'étaient pas tous pareils : il en existait plusieurs courants, rattachés à deux grandes écoles rivales, Beit Shammaï et Beit Hillel. Si on l'ignore, on passe à côté des allusions et des traditions (écrites et orales) dont parlait le Christ.
Et à cause de cette ignorance, on finit par croire que Jésus condamnait tous les pharisiens et rejetait la loi… Jésus était Lui-même essénien et pratiquait la Torah (torah = enseignement, instruction), alors que Paul, lui, était pharisien.
Photo : Evgeny Tchebotarev
